C'est le temps qu'a duré notre histoire. Je ne te connais pas, toi non plus. Tu t'étais approchée, doucement, on s'était présentées, comme ça, dans l'eau de la piscine d'un camping. J'ai d'abord cru que tu ne faisais pas exprès de trébucher dans l'eau et de te rattraper sur mes hanches. Je riais à chaque fois, ignorante que j'étais. Alors tu recommençais, deux, trois fois. Et j'ai compris. Ton corps étais encore contre le mien quand j'ai pris ta main. Pourquoi ? Je ne sais pas. Tu étais une fille et j'étais une fille. On s'est regardées dans les yeux pendant que mon petit cousin s'amusait avec un ballon dans le petit bassin. On est parties nager plus loin, là où personne n'a pied. Garder ma main quelque part sur ton corps. Ton ventre, ton épaule, ton dos...Soudain tu mets tes deux mains sur mes épaules et tu m'enfonces dans l'eau. J'ouvre les yeux. Le chlore me les bouffe. Mais je garde les yeux ouverts dans l'eau. Et je te regarde, presque nue, et je vois ton corps cesser de s'agiter pour couler et être à ma hauteur. Plus personne ne peut nous voir à la surface. Sous l'eau, on se regarde dans les yeux, et on s'embrasse. J'ai une main posée sur ta joue et l'autre posée dans le bas de ton dos. On remonte. On respire. On regarde autour de nous. Tu me plaques brusquement contre le bord de la piscine et tu m'embrasses à pleine bouche. Tiède. Doux. Passionné.
Cette passion, que je n'avais encore jamais vécu avec une fille, ça m'effrayait. Mais j'étais tellement bien. Tu étais tellement belle. Tu me faisais penser à une actrice argentine, Inés Efron dans El nino Pez. Je t'admirais sans savoir pourquoi.
Et puis on s'est quittées pour la première fois dans notre journée. C'était la fin de l'après-midi, les gens s'étaient bien amusés à la piscine, ils avaient bien bronzé, il étaient rassasiés de cette petite journée d'été au camping et retournaient tous dans leur tente, leur mobile-home ou leur caravane.
Je rentre avec mon oncle, ma tante, mes deux cousins dans notre mobile-home. Amertume. Questions pour moi-même. Silence pour les autres. Douche pendant une heure. Qui suis-je? Que suis-je? Pourquoi suis-je si bien? Une première fois en tant que bi. Mais je ne le savais pas encore. On mange. Engueulades, mon cousin pleure, je le réconforte, ma tante gueule, mon oncle s'en fout, ma cousine a envie de vomir. On finit de manger, je débarasse seule la table. Mon cousin chiale encore sur le lit. Je ne pense à rien. Vide. Il fait déjà presque nuit. Dans ma tête aussi. Je pose les assiètes sur le rebord de l'évier, ma tante fait la vaisselle.
"Marie, j'ai vu qu'il y a une soirée ce soir à l'entrée du camping. Tu voudrais y aller avec Loulou?"
Loulou c'est mon cousin.
"Bin ouais, pourquoi pas..."
Les fêtes de camping, je déteste ça. C'est plein de beaufs, de gros qui boivent et qui chantent ce qu'un prompteur leur dit de chanter. Ils sont laids. J'y vais que pour mon cousin.
"Ok, alors vous rentrerez maximum à minuit c'est bon?"
"Ouais pas d'problème Tantine."
Je vais voir mon cousin, lui raconte tout, et on y va. On arrive. Je vois la fille. Magnifique. Au bar, un verre de je sais pas quoi à la main, seule. Je constate avec délice qu'il est extrèmement facile de convaincre mon cousin d'aller danser. Je la rejoins, on bavarde, on boit avec modération. Loulou veut rentrer. Je lui dit de ne pas m'attendre, que j'arriverai plus trad parce qu'il n'est pas du tout minuit encore. Il nous laisse. Dès qu'il a tourné le dos on s'embrasse comme jamais je n'avais embrasseé personne. Je ne me pose même plus de question, je profite, je vis ce qu'en rêve j'avais toujours voulu vivre. Elle me prend par la main, m'emmène derrière le terrain de tennis. On se pose, on rit, on discute un peu, pas beaucoup, juste le temps qu'elle glisse sa main entre mes cuisses, juste le temps que je l'embrasse en lui dégraffant le soutien-gorge.
On est restées une ou deux heures ensemble, derrière le terrain de tennis. Personne ne nous a vues ou entendues. Ensuite il a été plus tard que minuit, dans les minuit et demi ou une heure du matin. Alors j'ai du partir. Aucun numéro n'a été échangé. Aucune photo souvenir. Pas besoin de photo quand on s'en souvient tous seul. J'avais peur en fait, après avoir vu et compris ce qu'on avait fait. Une après-midi et une soirée. La demie-journée la plus intense de ma vie, émotionnellement parlant. Je regrette tellement d'avoir pris peur et d'être partie sans avoir pris ses coordonnées. On ne s'est pas revues.
Juste besoin d'en parler.